Fantômes-foin dans les collines du Maramures
Written by: Estelle Cantala

Photo : Bogdan Gioara
Sur la première partie de notre traversée du Maramures, nous parcourons la région des collines, plus basse en altitude, plus douce.
Des tas de foin se dressent un peu partout sur les flancs, en face, reliés entre eux par de nombreux sentiers champêtres. Ils sont là depuis l'été, on les a formés autour d'une sorte de squelette dressé, une branche d'arbre sur laquelle ont été laissés quelques membres sur les côtés. Le foin engainé autour forme un volume de plus en plus large à mesure que l'on se rapproche du sol mais le haut est un peu arrondi, protégé de la pluie par un petit carré de tissu. Ils ressemblent ainsi à de joyeux fantômes qui se dandinent plus ou moins au gré des imperfections du terrain, leur béret blanc sur la tête, empruntant tous ces sentiers pour leurs balades insouciantes.
Nos bonshommes-foin restent noblement vêtus, bien dodus, pendant les mois de la belle saison. Dès que l'herbe se fait plus rare en haut, les brebis commencent à revenir vers eux depuis les alpages. On les décharne alors à coups de fourche, on leur ratisse les flancs et progressivement, ils maigrissent. Ils se tortillent de plus en plus pour devenir en fin d'hiver une horde de pauvres âmes errantes, certaines noircies par la fermentation et le manque de lumière, d'autres oscillant désormais dans le ciel laiteux avant de disparaître complètement, ne laissant plus que ce squelette de bâton prêt à en héberger un autre, la saison suivante.
Grâce à eux, les brebis mangent au champ tout l'hiver. Elles prennent l'air. C'est plus pratique pour le paysan, le fumier reste sur place. Tout le monde est content.









