Un morceau d'eau
Written by: Estelle Cantala

Illustration : Claudia Tache-Veethivdangan
Je voulais revoir la Mer Noire
La dangereuse
Ici la tempête te prend sans te prévenir
Ta barque calme
D’un coup se retourne
Et tu dois tenir le bord, toujours
Plus fort qu’ailleurs.
J’étais tranquillement installée sur un petit coin de rocher, un jour de grand jour. C’était un plat, un de ceux qui vous massent le dos sans le trouer. Je prenais le soleil, quelqu’un murmurait doucement quelque chose quelque part. Je me suis retournée. «Transforme-toi en morceau d’eau. Deviens morceau d’eau.»
Je n’étais pas sûre. Le rocher était chaud. Je me suis dit que le morceau d’eau se réchaufferait bien aussi... Je suis déjà. De tout petits morceaux se promènent autour, de l’un à l’autre, comme un vert de plante, un cheveu de fée d’eau, entre les poissons gros et les plus petits et si je les observe, ils ressemblent un peu aux poissons, un peu aux cailloux du fond. Alors de nouveau le grand rien bleu et vert qui s’en va sans arrêt. Je voudrais ne plus être un morceau d’eau.
Je voudrais être un tout petit grain dur qui se pose au fond très lentement sous les grosses vagues. Je voudrais moi aussi pouvoir tomber sous les grosses vagues et avant, tourner très vite, me promener à la surface, entrer dans le tourbillon furieux qui me fait monter, redescendre, me projette dans l’espace pour que je plonge de là-haut très droit dans le bleu et vert trouble.
Je tombe, je tombe et je tombe, tout lentement dans mon univers cristallin où je me retrouve lové dans une multitude de petits grains tout petits et très lourds et très durs et très doux parce qu’ils sont très nombreux à m’embrasser dans leur grand matelas jaune et blanc qui brille, qui aspire la chaleur de tous ses miroirs dans toutes les directions vers le ciel.









